Note du président de France Biotech, concernant l’utilisation du Grand Emprunt.

France Biotech est l’association française des entreprises de biotechnologie et de leurs partenaires. Elle compte aujourd’hui 150 adhérents qui regroupent la grande majorité des investissements, des employés et des produits innovants du secteur.
L’innovation joue un rôle majeur en biotechnologie, secteur central pour la France, car créateur de découvertes, de brevets, de produits nouveaux dans de nombreux domaines (santé, fibres, carburants, plantes…). L’industrie des Sciences de la Vie française arrive à maturité avec des projets prometteurs, un secteur et une industrie en plein essor, véritables moteurs de croissance pérenne pour la France. Par exemple, le nombre de médicaments en développement est en fort accroissement. Cependant, ce constat contraste avec une chute conjoncturelle et préoccupante de 79% des investissements.
Il convient de faire de ce secteur un axe stratégique du développement de la France. Le Grand Emprunt est l’opportunité que nous pourrions saisir pour faire des biotechnologies en France un axe de développement majeur pour les 50 prochaines années. Nous proposons de ne pas créer de nouvelle structure consommatrice de moyens mais d’améliorer et de renforcer les structures existantes.
Notre objectif est de voir les aides se concentrer sur les grands secteurs à fort enjeu scientifique et économique dans lesquels la France dispose de compétences pour être un leader mondial. La France a sa place à prendre dans les Sciences de la Vie pour être dans le peloton de tête des puissances mondiales.
France Biotech propose :
1. Renforcer et améliorer l’Agence Nationale de la Recherche pour favoriser l’excellence de la recherche académique.
De faire de l’ANR une grande agence de moyens qui favorise la réforme rapide de la recherche française en soutenant les meilleures équipes de chercheurs des universités et organismes de recherche. A l’instar du NIH (dont le budget vient d’être augmenté de 34%, soit 10 milliards de $, par le président Obama), de la NSF ou du Wellcome Trust, l’ANR fournit le cadre propice aux bonnes pratiques en matière d’indépendance, d’évaluation, de financement des meilleurs laboratoires selon les critères d’excellence internationaux.
Il est important d’assurer l’indépendance opérationnelle et la transparence de l’ANR ainsi qu’une augmentation massive de son budget. Il serait souhaitable que l’ANR soit gérée sur le modèle du Howard Hugues Institute aux Etats-Unis : dotée d’un fonds de 1,5 milliard de $ par an pendant 5 ans qui assurerait son autonomie financière, gérée par un comité totalement indépendant (aucun organisme de recherche ne doit en faire partie au risque de se retrouver juge et partie) et s’appuyant sur un comité scientifique de haut niveau international rémunéré à sa juste valeur. Les financements de l’ANR doivent êtres attribués non à des projets mais à des laboratoires. La recherche fondamentale ne peut être pilotée par des appels à projets mais doit pouvoir garder la liberté de son initiative. Il relèvera du comité scientifique d’en juger la qualité et la compétitivité. Ces dotations de 4 ans seraient attribuées sur la qualité des travaux scientifiques effectués par le laboratoire dans la période précédente (nombre et qualité des publications, dépôts de brevets, prix…). Leur rôle sera de reconnaître et encourager l’excellence plutôt que la décréter. Le laboratoire serait libre d’utiliser les subventions attribuées comme il l’entend, le renouvellement des subventions étant soumis aux mêmes critères de qualité que l’attribution initiale. En cas d’avis négatifs du comité, la subvention serait arrêtée, ne dépréciant en rien la valeur du travail effectué précédemment et ayant mérité l’attribution du financement.
L’ANR fournirait ainsi une incitation vertueuse à une réforme rapide de la recherche française.
2. Rétablir la dotation d’OSEO Innovation et la tripler pour atteindre 2 milliards d’€ :
Le reliquat de l’Agence pour l’Innovation Industrielle transféré en 2007 à OSEO a permis d’avoir en 2008 une dotation d’OSEO Innovation consacrée aux PME (subventions et avances remboursables) de 600 millions d’€ et de financer des programmes particulièrement innovants (programme OSEO PISI). La dotation d’OSEO Innovation 2009 est retombée au niveau 2007 (320 millions d’€), cassant la belle dynamique créée en 2008. Il est essentiel d’inverser la tendance et d’établir une dotation d’OSEO Innovation par l’Etat d’au moins 2 milliards d’€. Les investisseurs en capital risque investissent d’autant plus dans une PME qu’elle est bien dotée en CIR et en aides OSEO.
3. Concentrer des moyens importants sur 4 secteurs prioritaires :
A. les cellules souches
La recherche sur les cellules souches s’est accélérée au cours des dernières années avec l’espoir de soigner des maladies jusqu’ici incurables, notamment les maladies dégénératives comme Alzheimer et Parkinson. La découverte en 2007 de la possibilité de créer des cellules souches à partir de cellules adultes (cellules souches induites ou iPS) a ouvert récemment la voie à une industrialisation de cette approche tout en résolvant les problèmes d’éthique qui y étaient associés. Cette industrialisation pourrait permettre la fabrication de tissus humains essentiels tels que des globules rouges, de la peau ou des neurones sans avoir à faire appel à des prélèvements humains.
La France peut saisir l’opportunité qui se présente de prendre une position forte et pérenne dans un domaine stratégique et de nature à impacter durablement le développement de médicaments et de la médecine régénérative, domaines où les enjeux sont considérables en termes industriels à court terme et en matière de santé publique à long terme.
Ce secteur devrait bénéficier d’une aide d’un montant de 500 millions d’€ par an sur 5 ans.
B. les bioénergies
Une des principales opportunités pour un investissement de la France réside dans le développement de filières biotechnologiques pour produire des énergies vertes. Les limites des approches reposant sur l’utilisation de végétaux ont montré la nécessité d’approches plus durables, efficaces et industrialisables reposant notamment sur des microorganismes (micro-algues, champignons et bactéries). En effet, les microorganismes sont à l’origine de la dégradation des biomasses et pourraient être générateurs d’énergies et consommateurs de carbones.
L’avantage compétitif de la France réside dans sa compétence dans plusieurs étapes du procédé, particulièrement la génomique de ces espèces, leur métabolisme, leur ingénierie, les procédés de fermentation, et enfin, les procédés de purification et de raffinage.
Dans ce secteur en plein essor, la France pourrait se placer en position particulièrement compétitive et envisager de tenir une part importante du marché des carburants mondiaux.
Ce secteur devrait bénéficier d’une aide d’un montant de 700 millions d’€ par an sur 5 ans.
C. les bioprothèses complexes
De nombreuses affections chroniques conduisent au développement d’une insuffisance cardiaque et/ou coronaire. Les maladies cardiovasculaires représentent aujourd’hui la première cause de mortalité dans le monde. Dans de nombreux cas, la transplantation reste la seule solution mais le manque de greffons (entre 10 et 20 000 de plus par an seraient nécessaires) ne permet pas de l’offrir aux patients. Les bioprothèses pourraient permettre d’envisager de remplacer l’organe défaillant pour une guérison complète du patient.
A la croisée entre les sciences du vivant, la microélectronique et l’aéronautique, la France a déjà des atouts considérables dans ce secteur, avec des programmes de recherche qui ont abouti à des prototypes potentiellement implantables chez l’homme, dont les composants ont déjà été soumis à des tests sur bancs d’essais équivalents à plusieurs années de fonctionnement et qui devraient aboutir au cœur artificiel le plus en pointe au niveau mondial.
Le domaine des bioprothèses complexes à régulation physiologique autonome est à peine ouvert et pourrait devenir un atout majeur de l’industrie française.
Ce secteur devrait bénéficier d’une aide d’un montant de 600 millions d’€ par an sur 5 ans.
D. les vaccins thérapeutiques
La France est historiquement leader dans le domaine des vaccins. La vaccination est sans aucun doute un moyen de prévenir des décès et des souffrances, mais elle permet aussi de faire des économies. La vaccination est l’un des investissements les plus rentables en matière de santé.
Aux États-Unis, l’analyse coût-bénéfice fait apparaître que chaque dollar investi dans une dose de vaccin réduit les dépenses de santé de 2 à 27 dollars. Les bénéfices sont tout aussi spectaculaires si l’on se projette dans l’avenir. Il s’agit maintenant non seulement de fournir des vaccins à toutes les populations, mais de développer de nouvelles approches, préventives, de production mais surtout thérapeutiques. Le succès de ces nouvelles approches repose sur la capacité d’innover et d’utiliser des technologies de pointe tout en capitalisant sur les acquis et l’expérience. La demande en vaccins nouveaux devrait doubler d’ici 2012, offrant un marché gigantesque dans lequel la France pourrait jouer un rôle de tout premier rang.
Ce secteur devrait bénéficier d’une aide d’un montant de 800 millions d’€ par an sur 5 ans.





